Snuipp Espagne

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Les cuisiniers du libéralisme sans idées ni moyens ouvrent de vieilles boîtes...

Au chapitre des "grands" travaux parlementaires passés inaperçus dans le trou noir de l'été 2018 mais qui n'en sont pas moins dangereux, voici le rapport des députées Cécile Rilhac (LREM) et Valérie Bazin-Malgras (LR) qui propose de regrouper en France écoles maternelles et élémentaires et de placer à leur tête des « super directeurs » rattachés aux collèges. Rapport "flash" de 25 pages (écrit en gros caractères et de larges interlignes, hein, elles ont dû penser à nos collègues les plus âgés) émis à la suite de diverses auditions et dont franchement tout laisse à penser qu'il était rédigé à l'avance...

 

Lire l'article bref du café pédagogique et l'intégralité du rapport

 

Selon les deux rapporteurs, l'introduction de la scolarité obligatoire dès trois ans, annoncée en mars avec roulements de tambours par Macron et Blanquer,  rendrait « obsolète » la distinction entre maternelle et élémentaire. Elles réclament « un seul directeur pour l'ensemble primaire » (maternelle et élémentaire).

 

Nos deux inventrices du fil à couper le beurre, partant d'un diagnostic des problèmes réels (« Le directeur d'école est psychologue, plombier, infirmier, assistant social, déménageur, homme et femme de ménage, surveillant, conseiller conjugal, portier, standardiste, formateur... ironisait la députée LREM Agnès Thill, lors de la présentation du rapport), proposent donc comme solution à ceux ci, en ayant fouillé sans doute dans la boîte aux décrets non aboutis, le retour aux EPEP (Etablissements publics du premier degré)... et aux maîtres directeurs avec autorité hiérarchique sur leurs collègues... Les cuisiniers du libéralisme sans idées ni moyens ouvrent de vieilles boites...

 

Les nouveaux super directeurs, totalement déchargés seraient moins nombreux, mais mieux payés. Ces "super chefs" seraient affectés dans des écoles regroupées de dix classes et plus, et seraient totalement déchargés de classe pour pouvoir se concentrer sur « le projet pédagogique de l'école et le suivi des élèves » afin de  «permettre à nos écoles primaires de bien fonctionner, dans une logique de performance ». Cela rappellera quelque chose à nos collègues de l'étranger, qui sont habitués à l'efficacité pédagogique redoutable (du moins pour ce qui est des collègues directeurs) et à la verticalité de ce système... Il est vrai que notre réseau a toujours été un formidable champ d'expérientation... avec d'autres élèves que dans le 93, bien sûr... D'ailleurs les députées, outre une petite brochette de directeurs entendus à Troyes et à Joué-les-Tours ont auditionné le directeur de ...Sofia ! (Bulgarie). Mais que diable venait-il faire dans cette galère?

 

Le rapport suggère de regrouper les petites écoles par « bassin de vie ». Et de « mettre les écoles en réseau avec le collège de leur secteur », une piste envisagée par le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer. « Le collège pourrait être placé à la tête d'un réseau rassemblant les écoles du secteur, les directeurs de ces écoles étant les directeurs adjoints du principal », écrivent les députées.

 

Bref, à des vrais problèmes, de fausses bonnes solutions, qui permettront surtout de faire tout plein d'économies! Ce qui tombe bien quand le budget s'annonce plus austère que prévu encore... Au lieu d'augmenter moyens et décharges* des directeurs, on propose de concentrer celles ci sur les "super chefs" en beaucoup plus petit nombre,  à 100 % à partir de dix classes. Sur les 45.000 directeurs actuels, seuls 20 % d'entre eux pourraient prétendre au titre de "vrai" directeur déchargé, accessible par concours ou par validation des acquis de l'expérience. Avec l'attrait d'un meilleur salaire et surtout, du pouvoir hiérarchique appuyé par le principal de collège! Là encore, cela vous dit quelque chose? On en connaît certains qui salivent déjà...

 

Les "faux" directeurs qui ne bénéficieraient pas de décharge complète pourraient s'occuper des élèves sans être en charge d'une classe permanente, par exemple en organisant des ateliers avec les élèves, en remplaçant les enseignants absents ou en devenant directeurs du périscolaire pour le compte de la mairie. Cerise sur le gâteau, ils pourraient aussi faire appel à des entreprises pour déléguer des tâches administratives au titre du « mécénat de compétences », selon les propositions de Valérie Bazin-Malgras.

 

Le rapport, derrière lequel on sent bien l'impératif besoin de fermer le robinet des crédits, préconise donc aussi de diminuer le nombre des petites écoles et veut éliminer physiquement l'école maternelle. Le maître mot devient concentration car bien évidemment "l'éparpillement des écoles a un coût budgétaire".  Et revoilà de retour, comme en 2007 et sans concertation aucune, méthode chère à LREM, le serpent de mer du projet des  EPEP regroupant des écoles maternelles et élémentaires, visant au nom de la rentabilité à supprimer les écoles dans toutes les petites communes...  Et un rapport de commande de plus... Suppressions de postes, uniformisation des pratiques au détriment de la liberté pédagogique, renforcement de la hiérarchie, mise en concurrence à prévoir de ces écoles concentrées voire concentrationnaires, nous sommes bien en Macronie sous Blanquer 1er. Et une fois qu'on aura bien concentré, il ne restera plus qu'à transférer les compétences à la région ou mieux à privatiser, tiens, comme cela pend maintenant au nez de notre réseau! 

 

    

*Les décharges vont aujourd'hui de quelques jours par an à une décharge totale pour une école de 13 classes (en maternelle) et de 14 classes (en élémentaire). Sauf à Paris, où la Ville finance la décharge totale des directeurs.

 

sources: article paru dans "Les Echos", article du Café Pédagogique, rapport  "Mission flash sur les directeurs d'école"

 

 

 



26/08/2018
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