Snuipp Espagne

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Voici venu le temps du grand remplacement...

L'article de rentrée Résistez! du SNUipp Espagne annonçait, de manière prémonitoire mais bien informée, ce qui vient d'arriver. La note de service relative aux détachements n° 2018-102 du 6-9-2018, BO du 13 septembre 2018 limite à partir du 1er septembre 2019 les possibilités de détachement sur un support de résident à six années, avec une dérogation portée à neuf années "lorsque des circonstances exceptionnelles le justifieront". 

 

Sont concernés à partir de la rentrée 2019 par ce nouveau dispositif les collègues recrutés sur un premier contrat de résident, ou les collègues qui, changeant de pays OU d'établissement dans le même pays, signeront un nouveau contrat. Les collègues déjà sur support résidents dans les pays, ne désirant pas changer de poste et demandant tous les trois ans à renouveler leur détachement ne sont pas concernés.

L'analyse transmise par le secteur Hors de France est claire.

 

Alors, bien évidemment, on peut comprendre que les collègues résidents désireux de rester sur le poste qu'ils occupent actuellement,  poussent un ouf! de soulagement. Réaction humaine: c'est toujours moins inquiétant de voir la grêle s'abattre sur le champ du voisin... Seulement, ce raisonnement à court terme est dangereux.

Tout d'abord parce que s'agissant d'une note de service modifiable chaque année, nous n'avons aucune garantie de ce quil va se passer les années suivantes. Rien n'interdira par la suite d'inclure dans le dispositif les collègues en renouvellement de détachement.

Ensuite, parce qu'aucune assurance n'est donnée à ces collègues d'obtenir le renouvellement de leur détachement, puisque toujours soumis tous les trois ans au bon vouloir et à la carte scolaire de leurs IA DASEN respectifs...

 

Pour ce qui est des autres, c'est le désarroi qui règne. Les collègues TNR en attente de poste depuis plusieurs années découvrent que, même si la chance leur sourit un jour, il ne pourront occuper un poste de résident que pendant six ans, peut être neuf, sans que les fameuses "circonstances exceptionnelles" soient bien définies : avoir un conjoint du pays sans emploi possible en France, avoir des enfants? Avoir été bien gentil avec l'administration de tutelle pendant les six années?

On vient de créer le concept de résident "provisoire", voilà qui est nouveau... Et au fait, en échange de la limitation du détachement, où sont les "améliorations" que conseillaient certains rapports et que pensaient naïvement obtenir certaines organisations syndicales comme le SGEN CFDT? Des nèfles!

 

D'autres syndicats, virant casaque, comme le SE UNSA, applaudissent maintenant des mains et des pieds au nom du fait que ce nouveau dispositif favoriserait la mobilité des personnels et les opportunités de poste à l'étranger pour nos collègues de France !

Au SNUipp Espagne, la mobilité, on n'est pas contre. Mais une mobilité consentie ! 

On s'interroge sur l'utilisation qui va être faite des supports résidents pour favoriser une mobilité dite "vers l'étranger".

A l'origine, les postes de résidents n'ont pas été créés dans ce but. Ils ont été créés pour donner l'opportunité de poursuivre sa carrière dans la fonction publique à des collègues installés hors de France pour raisons personnelles. Pour certains collègues, ce n'est pas toujours par "choix", comme nous en rebat les oreilles l'administration de tutelle, mais parce qu'ils suivent un conjoint étranger ou ayant trouvé un emploi à l'étranger... C'est bien d'ailleurs pour cela que l'on parle de postes de résidents.

Il est vrai que si certains pays ont eu besoin d'aller chercher des candidats aux postes de "résidents", en métropole ou ailleurs, ce n'était lié qu'à la pénurie de viviers d'enseignants locaux, dans certaines zones géographiques ... (et pour l'Espagne ce n'est plus du tout le cas) 

 

On peut être aussi sceptique sur les possibilités réelles de mobilité  "vers l'étranger" que vont offrir les 5268 contrats de résidents (chiffre 2017) aux 712 000 enseignants du premier et second degré. Et puis, la mobilité naturelle des résidents existe déjà, ainsi que démontré dans l'excellent article de nos collègues du SNES FSU Espagne , alors pourquoi contraindre à cette mobilité forcée?

Y a-t-il en France une mobilité forcée de nos collègues, qui, en fin de carrière, finissent enfin par trouver une école correspondant à leurs attentes?

Et que fait le MEN pour favoriser les possibilités de mouvement entre les départements alors que bien des collègues le souhaitent ou en ont besoin?... Elle est d'abord là, la mobilité à créer! 

 

Derrière cela, avant tout, affaire d'argent. Garantie de recrutement tous les 6 ans de collègues plus jeunes, au 6eme et 7eme échelon, donc coûtant moins cher. Derrière cela aussi, et c'est très dangereux, une meilleure lisibilité chaque année des postes vacants. L'administration a beau nous dire que cette limitation encouragera les IA DASEN à laisser "partir" en détachement des collègues, on voit surtout qu'apparaîtront comme autant de points rouges sur la carte régulièrement, au bout des 6 premières années, tous les postes "déplaçables ou supprimables" par l'Agence. Parce que cette mesure avancée dans la circulaire n'est qu'un premier volet d'une réforme qui entend bien continuer à supprimer des postes de résidents de par le monde... L'administration prétend qu'au contraire il y aura sanctuarisation des supports résidents... Ah bon, à partir de quand? Et au terme de combien de suppressions encore?

 

Ah, on avait oublié les expatriés...

Question : Si on limite les résidents à un détachement de 6 ans en tant que vecteur de la mobilité "vers l'étranger", à quoi bon continuer à servir aux expatriés leurs plus que substantielles primes d'expatriation ?

Puisque tout le monde finira par se retrouver limité dans le temps, puis condamné, pour rester hors de France, à reprendre un contrat local, voire dissuadé de sortir de celui-ci par peur de ne pas le récupérer, pourquoi pas des directeurs résidents sans prime d'expatriation? Ils ont déjà plein d'avantages à l'étranger, des décharges complètes, un secrétariat pour les aider, parfois même des pauvres résidents coordonnateurs ou simplement pleins de bonne volonté qui leur font tout leur boulot... Et en plus ils coûtent fort cher en l'état à l'état ! Mais oui, ce sera le raisonnement de l'administration de tutelle sur les années à venir...

Quant aux maîtres formateurs en charge de former les locaux non titulaires, plus besoin de se casser la tête, qu'ils restent en France, les nouveaux résidents seront là aussi pour vous faire ça pour pas un rond de plus... Vous vous rendez compte, on leur offre la chance de leur vie, être fonctionnaire à l'étranger ! Et on ne leur paye ni le déménagement, ni le voyage! Mobilité à coût zéro !

 

De moins en moins de résidents, si on regarde ce qui est déjà programmé, de plus en plus de résidents limités dans le temps, des équipes valsant au gré des années et des vents... Le grand remplacement de la population enseignante à l'étranger est en marche !

La note de service qu'il a bien fallu pondre dans le respect du calendrier alors que la fameuse réforme n'est pas encore sortie constitue déjà un des axes de celle-ci et nous laisse furieusement penser que tout est écrit par avance. D'ailleurs, prétendre habiller d'une pseudo consultation la réforme est particulièrement hypocrite, quand on se doute que le texte est déjà ficelé. 

 

Le SNUipp Espagne continuera à se battre contre des orientations qui prétendent instaurer un réseau d'enseignement français à l'étranger au rabais et avoir recours partout comme modèle à la précarisation des personnels titulaires... Et compte sur l'esprit unitaire de TOUS!

 

 



19/09/2018
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